Chapitre général Biên Hoà 2019 – 22 Julliet

Frère Saulius Rumšas OP, du couvent de Vilnius, Lituanie. La Lituanie fait partie de la Province dominicaine de France, c’est pourquoi je suis au chapitre général électif comme définiteur de la Province de France.

Aujourd’hui, le 22 juillet, le chapitre a poursuivi ses travaux. Mais tout d’abord, le matin, nous avons célébré la Messe en la fête de sainte Marie Madeleine et nous avons salué la Province de Toulouse dont la sainte de ce jour est la patronne.

Ensuite, en plénière, nous nous sommes penchés de nouveau sur les défis les plus urgent dans la vie et la mission dominicaines. Même si nous abordons des questions diverses et variées, elles sont toutes liées non seulement à notre manière de travailler, mais aussi à notre manière d’être. Pour répondre aux défis d’aujourd’hui, nous devons constamment revenir aux fondamentaux de notre vie et mission qui n’est rien d’autre que l’annonce de l’évangile. Plus spécialement nous nous sommes interrogé sur la signification de la communion dans nos couvents, les provinces, l’Ordre et sur les défis de la solidarité. Le travail a continué dans les commissions pour approfondir les questions et proposer des solutions valables.

Le travail d’aujourd’hui est encore accompagné d’un souvenir très chaleureux de la rencontre des capitulaires avec la famille dominicaine qui a eu lieu hier. C’était vraiment impressionnant de voir des centaines des soeurs, des laïcs et sentir la participation commune de la famille dominicaine à l’annonce de Jésus. C’était aussi très émouvant de voir cette Eglise de Vietnam très vivante et jeune. L’accueil qui nous est réservé ici est de très grande qualité. Les frères du Vietnam font tout leur possible pour que rien ne manque au travail des capitulaires. Les échanges fraternelles permettent de mieux connaître le pays qui accueille aussi chaleureusement les représentent de l’Ordre dominicains du monde entier.

Homélie en la fête de Sainte Marie-Madeleine | fr. Saulius Rumšas, O.P.

Le premier jour de la semaine… jour qui comprend tant d’autres premiers jours : celui de la création et celui de la nouvelle création ; jour du commencement, jour de l’accomplissement ; celui du début de notre Ordre, peut-être, ou encore celui du chapitre, de nos projets, de nos activités ; premier jour de la vie avec Dieu, premier jour de la vie avec Jésus ressuscité ; jour où tout est encore à faire et à vivre, jour où tout est déjà là, même si parfois il peut sembler qu’il n’y a plus rien, plus personne…

Ce premier jour qui commence au grand matin est encore couvert par les ténèbres, les ténèbres extérieures, mais aussi les ténèbres intérieures ; les ténèbres qui empêchent la vue, la vue physique, mais aussi la vue de la foi. Ce sont les ténèbres du tâtonnement, de l’incertitude, de la déception quand l’avenir semble absent. Pour Marie Madeleine, ce sont les ténèbres de la séparation avec une personne qu’elle a tant aimée. Cette séparation peut parfois mener jusqu’à la trahison. Judas, ne se retira-t-il pas pour livrer Jésus lorsque les ténèbres les couvraient ?

Marie Madeleine n’attend pas que le jour s’élève pour partir, elle se met en route au grand matin sans certainement s’apercevoir que les ténèbres la couvrent encore. Elle n’a pas peur de se mettre en route, même lorsque tout semble s’y opposer. Elle n’attend pas le lever du jour pour agir. Qu’est-ce qui pousse Marie Madeleine à faire ainsi ? N’est-ce pas l’amour total ? N’est-elle pas celle dont Jésus lui-même disait qu’elle a beaucoup aimé (Lc 7, 47) ? C’est très rare que Jésus parle de la sorte. Comme disait un frère hier après-midi, Marie Madeleine ressemble à cette veuve qui a tout perdu…

C’est lorsque Marie Madeleine est en chemin que le jour commence à poindre et la lumière à s’élever sans qu’elle-même s’en aperçoive. Ce n’est pas elle qui dissipe les ténèbres. Elle-même semble vivre la déception et la tristesse les plus profondes, la séparation totale. Elle ne trouve pas le corps de celui qu’elle cherche. Tout lui semble être retiré. Dieu, si on peut encore parler de lui, semble être totalement absent.

Mais Marie-Madeleine ne cède pas. Une fois allée au tombeau, elle revient auprès des disciples et ensuite, de nouveau, pour la deuxième fois, elle va au tombeau. Elle n’abandonne pas sa recherche. Personne ne peut la consoler dans son deuil… personne, excepté Jésus…

Jésus vient, mais elle ne le reconnaît pas, elle qui l’a tant aimé… Elle ne s’attendait pas à voir Jésus de la sorte. Elle savait trop bien à quoi ressemble Jésus, à quoi ressemble un mort… Une fois appelée par son nom : « Marie », voilà qu’elle s’apprête à chanter « Tu as changé mon deuil en une danse » (Ps 29, 12), mais elle doit accepter une nouvelle séparation : « Ne me retiens pas ! » Jésus ne lui appartient pas. Il est bien là, le Vivant. Il est son Jésus, car il l’appelle par son nom, mais il est aussi le Seigneur. Elle cherchait « son » Seigneur, mais après la rencontre avec Jésus ressuscité elle confesse « le » Seigneur. Elle le reconnaît comme Seigneur de tous et elle vit le don total de l’amour jusqu’au bout, car le vrai amour ne s’approprie pas les autres, mais il se donne aux autres, au risque d’être rejeté.

Les apôtres, quant à eux, peureux, sont restés repliés sur eux-mêmes et enfermés. Certains, tête basse, ont commencé à rentrer chez eux… Marie-Madeleine, au contraire, est l’exemple de celle qui ne se laisse pas abattre par les ténèbres, par l’obscurité, par l’absence, par l’incertitude alors que l’avenir semble incertain, voire inexistant, du moins l’avenir qu’on imaginait. Elle veut aimer jusqu’au bout… car Lui, il les aima jusqu’au bout… C’est peut-être pour cela que Marie Madeleine est appelée apôtre des apôtres. Sera-t-elle aussi notre apôtre ?

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2 réponses

  1. Loriot dit :

    Félicitations au frère lituanien Saulus Rumsas, qui parle parfaitement le Français ! nous avons eu l’annonce ce matin à la messe de 10h30 au couvent Dominicain de la Sainte Face, à Tours (France) de la nouvelle élection du Maître de l’Ordre Gérard Timoner et nous prierons pour l’Esprit Saint inspire sa tâche. Merci à tous les frères Dominicains, qui, dans le monde entier, nous donnent de si belles prédications lors des messes, et de ce fait, nous guident dans nos vies.

  1. 22 juillet 2019

    […] Homélie en la fête de Sainte Marie-Madeleine | fr. Saulius Rumšas, O.P. […]